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20 mai 2015 / michelschweizer

Papa travaillait chez Bobst

Bonjour,

A quel moment un enfant se rend-il compte un peu précisément du travail que fait Papa (et/ou Maman)? En ce qui me concerne, je ne sais pas. Je me rappelle que je savais que mon père partait pour l’ « usine » ou pour aller chez « Bobst ». Je savais aussi qu’il y faisait de la peinture et que ça ne devait pas être tout à fait la même que je pratiquais avec plaisir à domicile ou à l’école enfantine.

Un jour, la Grande Maison a ouvert ses portes. Je me rappelle que ça m’a fait tout drôle d’entrer là dedans et de voir toute ces locaux, toute cette organisation et toutes ces personnes. Je me rappelle aussi qu’il y avait à boire et des pâtés vaudois (à la viande) et que c’était très bon. Je me rappelle un tout petit peu avoir vu la place de travail de mon père.

En sortant de l’école, il m’arrivait, même adolescent, d’attendre mon papa qui sortait de l’usine à midi et qui avait la chance de manger à la maison en famille. Jeune adulte, rentré de l’Ecole Normale ou de mon travail d’enseignant, j’allais aussi parfois le chercher à la sortie de l’usine.

Pour Père, Bobst, c’était quelque chose. Attention, il ne s’agissait pas d’une idolâtrie stupide mais simplement d’une reconnaissance pour une entreprise qui lui offrait des conditions qu’on ne trouvait pas ailleurs.

Tout d’abord, mon père était assez correctement payé (ouvrier avec un certificat fédéral de capacité, il avait donc fait un apprentissage) pour que nous puissions vivre très correctement. Rétrospectivement, je me dis que ce furent de très belles années. Même si nous ne roulions pas sur l’or, nous n’avons manqué de rien de ce qui est indispensable et nous avons même trop eu du superflu.

L’entreprise payait donc correctement. Il y avait un 13e salaire (ce qui n’est arrivé que bien plus tard dans beaucoup d’entreprises, y compris l’Etat) et même une « gratte » (gratification) d’été correspondant à un demi-salaire.

En échange de ces avantages, les « Bobstiens » mettaient du cœur à l’ouvrage et, vu de l’extérieur, ça payait car chaque année l’entreprise progressait. Chaque année aussi, mon père avait un peu d’argent en plus. Papa n’a jamais non plus eu à réclamer son salaire, tout était payé chaque mois sans aucun problème.

A une époque, il avait même pu devenir actionnaire. Bon, évidemment, il ne possédait pas 49 % des actions mais ça le fidélisait encore un peu plus.

Il y avait aussi le journal d’entreprise « Trait d’union » qui me permettait de voir les visages des personnes qui étaient ses chefs ou ses collègues. On y découvrait aussi les nouvelles machines conçues par Bobst et les expositions dans lesquelles ces monstres toujours plus compliqués et rapides étaient exposés.

Une fois, Papa était allé à Paris comme monteur pour aider à préparer le stand lors d’une exposition dans la capitale. Il en parlait parfois, avec plaisir.

Bobst accordait aussi des « ponts ». Il fallait travailler, je crois, 12 minutes de plus par jour pour bénéficier ensuite de jours de congé, par exemple entre Noël et Nouvel-An. Même si je n’avais pas Papa aussi souvent que j’aurais voulu à la maison, il bénéficiait tout de même de conditions plus que correctes et sans comparaison avec ce qui était la norme à l’époque.

Il recevait aussi des habits de travail ainsi que des souliers de sécurité. Ce matériel était lavé et entretenu par l’entreprise qui voulait des employés présentant bien.

Avant Noël, il y a avait une fête pour les enfants avec un spectacle et de quoi boire et manger et chaque gosse recevait un cadeau choisi avec soin. Si je me rappelle bien, la fanfare de l’usine « Ensemble musical des usines Bobst » jouait.

Papa a pu bénéficier d’une retraite anticipée à 62 ans et demi. Les choses avaient un peu changé à l’usine et il n’avait plus tout à fait le feu sacré des débuts. Il hésitait toutefois à profiter de cet avantage, quelque part (pour parler « branché ») ça le gênait. Mon frère et moi avons essayé de le convaincre de profiter de cette offre unique. Il a accepté. Il n’a jamais regretté, je crois.

Pour les retraités, des activités étaient prévues dont une course annuelle.

Maman reçoit encore chaque année une attention (des chocolats par exemple) de la part de la Direction, sans parler d’une pension … de la caisse de pension que Bobst avait organisée des années avant que ça devienne la norme ou une obligation.

Bref, tout ça pour dire que Bobst était dans « hors catégorie » (comme les plus difficiles cols du Tour de France) par rapport aux entreprises de l’époque, spécialement par rapport aux petites et moyennes entreprises qui ne pouvaient offrir les mêmes conditions.

Bien à vous!

  1. Olivier caputo / Mai 24 2015 17:30

    Cher Michel,
    J’aurai pu écrire ce texte moi aussi, à la virgule près, sauf pour le montage externe puisque mon papa était tôlier. Mais tu écris bien mieux que moi ! Je te remercie pour ces quelques ligne qui me rappellent tous ces bons souvenirs en tant qu’enfant! Et ces Noëls avec tous ces cadeaux…

    Olivier

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